La ministre Joly met en valeur les atouts de l’industrie aérospatiale canadienne au Salon international de l’aéronautique de Farnborough, au Royaume-Uni
Le 23 juillet 2026 – Farnborough (Royaume-Uni)
« Je suis vraiment heureuse d’être de retour à Londres. C’est une ville que j’ai appris à connaître en tant qu’ancienne ministre des Affaires étrangères. J’y ai passé pas mal de temps, ayant également travaillé aux côtés de quatre ministres des Affaires étrangères britanniques différents : Liz Truss, James Cleverly, David Cameron et David Lammy. De plus, comme vous l’avez mentionné, je suis diplômée du Brasenose College, à Oxford. Imaginez, à l’époque, oui, oui, en 2003, le Royaume-Uni faisait encore partie de l’UE, et l’UE discutait de la possibilité de se doter de sa propre constitution.
De plus, je serai éternellement reconnaissante envers le peuple britannique, car j’ai été boursière Chevening et j’ai eu la chance d’étudier à l’étranger, moi, une petite fille francophone de Montréal. Alors, merci encore.
Je suis ici dans le cadre du Salon aéronautique de Farnborough, un salon important, à la tête de la délégation aérospatiale canadienne. Pour moi, la boucle est vraiment bouclée. Je dis cela parce que j’ai été nommée ministre de l’Industrie en pleine guerre commerciale, après avoir travaillé sur les causes de cette guerre entant que ministre des Affaires étrangères, et que je travaille maintenant sur ses conséquences.
Je suis donc en charge des secteurs de première ligne, notamment ceux de l’acier et de l’aluminium, de l’automobile, mais aussi de nombreux autres secteurs, particulièrement dans le contexte des récents droits de douane. J’aborde donc cette mission avec une compréhension approfondie de la géopolitique, mais on m’a également confié la responsabilité de protéger et de créer des milliers d’emplois au Canada, à une époque où nous sommes profondément intégrés à l’économie nord-américaine et où nous dépendons depuis trop longtemps du marché américain.
Je prends donc cette mission au service de mon pays extrêmement au sérieux, car les enjeux sont considérables. Mon équipe et moi-même agissons avec urgence, car nous savons que le temps presse. Le gouvernement et l’industrie travaillent actuellement véritablement comme une seule et même « Équipe Canada ».
Le secteur de l’aérospatiale en est un parfait exemple. Le Canada possède le quatrième secteur aérospatial le plus important au monde. Nous comptons de grandes entreprises canadiennes d’origine locale, comme Bombardier, CAE et De Havilland Canada. Nous avons également des entreprises étrangères qui ont une très forte présence industrielle et manufacturière dans notre pays, notamment Bell Textron, Pratt & Whitney et Mitsubishi Heavy Industries.
L’histoire de bon nombre de ces entreprises remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsque nous sommes partis de zéro pour créer un secteur aérospatial destiné à soutenir, bien sûr, les soldats canadiens, mais aussi les forces britanniques qui combattaient.
Lorsque j’ai assisté au Salon aéronautique de Paris il y a un an, peu après mon assermentation au sein du nouveau cabinet, j’ai déclaré que nous allions reconstruire ensemble le secteur aérospatial.
Lorsque j’ai tenu ces propos, c’était peu après que le premier ministre Carney eut annoncé que nous allions investir 2 % de notre PIB dans la défense au cours de l’année, soit en moins de 12 mois, alors que notre secteur aérospatial s’était développé principalement grâce aux marchés et aux produits civils et commerciaux, plutôt que grâce au secteur de la défense.
C’est pourquoi j’étais convaincue que le secteur aérospatial pouvait tirer profit des investissements dans la défense. Le plan consistait donc à utiliser nos investissements dans la défense pour redynamiser notre base industrielle. C’est pourquoi nous avons élaboré notre stratégie industrielle de défense, notre première stratégie de ce type depuis la Seconde Guerre mondiale et notre plus importante politique industrielle à ce jour, dotée d’un budget de 500 milliards de dollars.
L’objectif de cette stratégie est donc de créer 125 000 emplois. Il s’agit également d’augmenter nos exportations de 50 %, de développer et de contrôler notre propre propriété intellectuelle, ainsi que d’attribuer 70 % des marchés publics à des entreprises canadiennes.
Qu’avons-nous donc accompli? Nous avons pu acquérir six nouveaux avions Bombardier. Nous avons conclu une entente concernant un avion de surveillance Bombardier-Saab, appelé GlobalEye, qui sera fabriqué au Canada. Nous avons indiqué que nous souhaitions obtenir davantage d’investissements de la part de Lockheed Martin en contrepartie de l’achat de leurs F-35. Nous avons également entamé des discussions concernant la construction d’avions de chasse au Canada grâce à un investissement potentiel de Saab dans le Gripen. Nous avons aussi obtenu davantage d’investissements de la part de L3Harris et d’Airbus pour leurs A330. Enfin, nous avons réussi à conclure une commande de 150 nouveaux A220, c’est-à-dire des avions commerciaux d’Airbus, par AirAsia. C’était donc, là aussi, une bonne nouvelle.
Et rien qu’hier, nous avons eu deux annonces importantes. La première concerne un investissement de 250 millions de dollars de la part de Pratt & Whitney pour l’agrandissement et la modernisation de son usine de Longueuil, au Québec, située près de Montréal. Pratt & Whitney développe, produit et assemble au Canada des moteurs destinés à de nombreux aéronefs à travers le monde, qu’ils soient commerciaux ou militaires.
Par ailleurs, et c’est très important, nous avons pu annoncer notre participation au projet GCAP, qui vise à construire un avion de chasse de sixième génération en collaboration avec le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie.
Sur le plan de la défense, en l’espace de huit mois, nous avons réussi à conclure un contrat très important portant sur des sous-marins : 12 nouveaux sous-marins pour les Forces armées canadiennes et notre force navale. Le contrat a été attribué à TKMS, un consortium germano-norvégien. Il s’agit de l’approvisionnement le plus important de notre histoire : 80 milliards de dollars canadiens. Bon nombre des retombées industrielles liées à ce contrat de sous-marins sont également rattachées au secteur de l’aérospatiale.
Nous avons accompli tout ce que je viens de vous décrire en l’espace d’une année. Cela démontre donc qu’il ne s’agit pas seulement de paroles. Nous sommes bel et bien passés à l’action. C’est pourquoi je dis que la boucle est bouclée, car c’est l’exemple parfait de l’utilisation des investissements dans la défense comme levier de relance économique à une époque où nous menons une guerre commerciale. C’est pourquoi nous savons que nous pouvons redynamiser notre secteur manufacturier et, par la même occasion, renforcer le Canada.
Notre présence à Farnborough, avec une délégation très importante, la plus importante, en fait, depuis des années, composée de 500 personnes, témoigne de notre engagement envers le secteur aérospatial, maisaussi de notre besoin de nous ouvrir au monde alors que nous diversifions nos marchés.
Ce que je veux retenir de cet exemple concernant l’aérospatiale, c’est que la politique industrielle est de retour. Elle s’inspire des choix judicieux d’hommes et de femmes qui œuvraient à une époque où le libre-échange n’était pas aussi répandu dans le monde.
Mais soyons clairs. Nous croyons au libre-échange, et le discours du premier ministre à Davos l’a clairement exprimé. Nous croyons à la création d’une « troisième voie », mise de l’avant à Davos, qui consisterait, certes, à collaborer avec les États-Unis et avec la Chine, mais aussi, fondamentalement, à être en mesure, en tant que puissance intermédiaire, de tracer notre propre voie et, avec des économies d’envergure, de travailler ensemble pour maintenir l’ouverture des marchés, attirer des capitaux et créer des emplois.
Et ce discours a donné de l’espoir à des milliards de personnes à travers le monde, en leur montrant qu’elles pouvaient non seulement réagir à ce qui se passe dans le monde, mais aussi, fondamentalement, prendre leur destin en main.
Parallèlement, nous constatons que, lorsque des pays sont victimes de droits de douane, ils ont tendance à fermer leurs marchés, en particulier dans les secteurs touchés, et à élaborer des politiques industrielles visant à protéger les emplois, les usines, les villes, les moyens de subsistance et les bases industrielles, mais aussi, et c’est un mot à la mode qui revêt une importance très, très réelle à Ottawa, leurs capacités souveraines.
Nous ne pouvons donc pas laisser cela se produire. Nous devons nous assurer de signer une entente, de regarder notre partenaire dans les yeux, de pouvoir réellement lui serrer la main et d’avoir la certitude que cette entente sera respectée.
Nous devons donc veiller à ce que, lorsque la confiance est véritablement mise à l’épreuve, l’amitié et nos intérêts communs prévalent. C’est pourquoi j’ai eu des échanges avec bon nombre de mes homologues européens à ce sujet, afin de m’assurer que notre entente tiendra. J’ai eu des discussions et de nombreuses rencontres avec Stéphane Séjourné, mon homologue de l’Union européenne; Katherina Reiche, mon homologue allemande; Roland Lescure, mon homologue français; et j’ai hâte de rencontrer mon nouvel homologue britannique.
L’UE est née de la coopération industrielle entre la France et l’Allemagne dans les secteurs de l’acier et du charbon, qui a débouché sur la Déclaration Schuman.
Nous savons que nous pouvons renforcer notre coopération industrielle pour garantir le maintien de la paix dans le monde, mais aussi pour profiter d’une prospérité partagée, comme cela a été le cas en Europe pendant des décennies.
La politique industrielle est la nouvelle géopolitique. Nous sommes entrés dans une ère de géo-industrialisation, où les relations commerciales ne se limitent plus seulement aux marchés privés. Elles passent aussi, dans une large mesure, par des décisions prises entre gouvernements, où les décisions sont liées aux orientations géopolitiques. Il s’agit de se renforcer mutuellement en tant que pays, en tant que nations, mais aussi de renforcer leurs secteurs privés respectifs.
Le Canada mènera cette ère en s’appuyant sur les valeurs d’intégrité, de confiance et de respect.
Le message que je vous adresse à tous est le suivant : travaillons ensemble et bâtissons une prospérité partagée grâce à la politique industrielle.
Merci beaucoup. »
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